Chronique d'une défaite annoncée
La leçon de l'amère défaite à Split mérite d'être tirée. Avant même le coup d'envoi de ce récent Croatie-France, le sort du match en était scellé. La composition de l'Equipe de France ne laissait planer aucun doute : le frileux Didier Deschamps n'était pas venu en Croatie pour gagner.
Bleus sans milieu
Mais comment un expert du foot peut-il se contenter d'aligner dans l'entrejeu seulement des milieux de terrain à vocation défensive ? Des trois demis sélectionnés, pas un ne possède les qualités techniques requises pour orienter le jeu offensif de l'équipe nationale. Et aucun n'était au mieux de sa forme physique et morale. Placé en sentinelle devant sa défense, Tchouameni ne parvient pas à imposer sa présence athlétique au Real Madrid, où à ce jour son apport à une relance constructive s'avère insuffisant pour les besoins de la Maison Blanche. Guendouzi n'a pas le niveau international ; ni physiquement, ni techniquement, ni dans l'animation. Quant à Rabiot, il traverse une passe délicate en raison de motifs personnels. Avec un entrejeu ainsi privé de joueurs capables de tenir le ballon, pas question d'assurer une remontée du cuir satisfaisante, afin d'amorcer des actions visant à placer les attaquants en conditions favorables. Les Bleus étaient condamnés à l'attentisme prudent, en espérant l'indigence et/ou les erreurs de leurs adversaires : ce fameux "équilibre" que recherche notre trop souvent craintif sélectionneur national. Confrontés à des rivaux meilleurs footballeurs, on attendait donc de nos milieux un surplus de combattivité. Or, à l'image de toute l'Equipe de France, ils sont demeurés désespérément amorphes. Voir nos Bleus spectateurs de la vaillance d'une équipe conduite par un Modrich de 39 ans, est un spectacle gratifiant pour les Croates, mais désolant à nos yeux de Français.
Suffisance
La pauvreté des défenseurs de cette équipe française version Split nous laisse interdits. Que dire de Konaté, qui voilà peu se présentait comme alternative au capitanat de la sélection nationale en affichant la superbe d'un Liverpool triomphant ? Il a illustré la suffisance de nos Bleus ; mise à mal par le sérieux et la volonté des Croates. La faillite du milieu de terrain de la France a rendu impossible la tâche de ses attaquants. Et engendré de la part d'une certaine presse à la solde de ses employeurs qataris (toujours furieux de la perte de Mbappé, l'enfant de Bondy autour duquel Nasser el Khelaïfi avait bâti le grand projet du PSG ) d'ultérieures critiques sur la prestation de Kylian, pourtant le seul attaquant français qui ait créé du danger pour la formation croate. Ousmane Dembélé bombardé "futur Ballon d'Or " par ces mêmes médias devenus dithyrambiques pour le Dembélé nouveau, Deschamps l'a intronisé leader d'attaque en position axiale. Dans cette configuration, il réussit d'excellentes prestations au Paris Saint Germain. Dans un cadre où il peut se proposer en soutien de ses partenaires, se projeter vers l'avant et conclure victorieusement les actions. Car le systême de jeu du PSG lui garantit le soutien permanent de partenaires en mouvement. Mais la formation mise en place par Didier Deschamps n'offre pas ces appuis. Ousmane s'est bien efforcé de décrocher pour se tenir à disposition de ses coéquipiers. Mais sans pouvoir influer sur leur jeu, faute de relais par des partenaires proposant systématiquement différentes options de passe au porteur du ballon. Et notre élégant lévrier dont l'intelligence du jeu n'a pas toujours été la qualité dominante, a été peu inspiré dans la conclusion de ses actions, en particulier ses tirs au but. Guy Roux aurait pu dire : " faut pas gâcher ! "
La faute à qui ?
Le score de ce Croatie-France est flatteur pour nos Bleus. Le pénalty raté par nos adversaires en début de match (sans compter celui que l'arbitre aurait pu siffler plus tard ) devait transformer la défaite en déroute et hypothéquer nos chances de qualification. Rater un match est pardonnable. Mais le manque de motivation affiché ce soir-là par les Français ne doit pas être excusé. Tous sont fautifs. Et le grand coupable en est Didier Deschamps. En raison, sur ce match aller, de ses choix erronés et de son incapacité à motiver ses troupes ; ajoutés aux reproches qui lui sont habituellement adressés : son football réducteur et minimaliste ; et plus encore, son absence de système de jeu clair. En fait, Deschamps persiste à prôner par intermittence un plan de non jeu. Incompréhensible de la part du sélectionneur des vice-champions du monde, ex tenants de la couronne mondiale et dont les nombreux internationaux, souvent remplaçants du onze national, font les beaux jours des principaux clubs européens. La seconde manche de ce 1/4 de finale de la Ligue des Nations a pourtant permis à la France de se qualifier, à l'issue d'une revanche haletante où les Bleus, placés au pied du mur et soutenus par un public enthousiaste, ont fait preuve de combattivité et de solidarité. Mais ce bon match retour et la qualification arrachée à la loterie des penalties ne sauraient faire oublier leur premier match désastreux. Indigne du statut des Bleus. Qu'il est triste de voir à Split un grand leader comme Deschamps totalement dépassé, lui Capitaine la Victoire de l'OM, de la Juventus et des Bleus ; puis coach triomphant à Monaco, à la Juve, à Marseille et en Equipe de France ! Difficile de croire qu'un tel gagneur, dont la compétence ne saurait être mise en doute, ait perdu la grinta qui l'a rendu fameux. Après avoir écrit tant de pages glorieuses de notre football, le Basque paraissait à court d'idées. A l'évidence, le message du coach ne passait plus. Au lendemain de la qualification au forceps pour le Final Four de la Ligue des Nations, l'euphorie n'est donc pas de mise au club France. Malgré tout le respect dû à la magnifique carrière de Didier Deschamps au service de l'Equipe de France, comme joueur et comme entraîneur, la proximité d'échéances majeures du football international remet en cause son maintien à la tête de la sélection ; qui serait justifié en l'absence d'un remplaçant de valeur. Mais avec un Zinédine Zidane disponible au pied levé et qui poirotte depuis trop longtemps, le nécessaire changement d'entraîneur national devient opportun. Et urgent, indépendamment de l'heureuse issue de la double confrontation avec la Croatie. La balle est dans le camp de la Fédération française de football. Et il est permis de douter qu'elle soit vraiment capable de renoncer à son habituel "courage, fuyons "... Il serait dommage, amis de Tiro Libre, que notre Zizou, las de ronger son frein, prête un jour l'oreille au chant des sirènes des grands clubs de la planète foot.