Nach München

Nach München
Photo by Herr Bohn / Unsplash

Riche en enseignements, le verdict des 1/8ème de finale de la Champions League 2024-2025 est tombé. Désormais, la véritable compétition peut débuter. La route vers la finale de Munich est ouverte. Et d'ici au 31 mai, beaucoup d'eau coulera sous les ponts. Comme les promesses en politique, les prévisions en football n'engagent que ceux qui y croient. Mais comment résister à la tentation des pronostics ?

Le PSG nouveau

La qualification du Paris Saint Germain est méritée : sur les deux manches, les Parisiens ont été supérieurs aux Reds, malmenés au Parc des Princes. À confirmation de leurs récentes sorties, les champions de France ont haussé le curseur. Et mis en place un collectif affichant une générosité et une solidarité exemplaires, à ce jour jamais affirmées sous la gestion qatarie. Le mérite en revient en premier à Luis Enrique qui insuffle à ses joueurs un enthousiasme, des certitudes et une maîtrise inattendus dans un club à la stratégie, sportive en particulier, nébuleuse et changeante. Tiro Libre n'a jamais été tendre avec l'intouchable président du PSG et avec son huitième coach depuis la prise du pouvoir des Qataris. Aujourd'hui, c'est bien volontiers que nous nous inclinons devant la résilience et la force de conviction de l'entraîneur asturien, qui consent même à répondre en français à une interview ! Nasser Al-Khelaïfi, le Président aux multiples casquettes, semblerait avoir enfin compris que les jeunes talents motivés qui abondent en Île de France, représentent un meilleur investissement sportif et financier que le recrutement de vedettes internationales consacrées, peu investies dans le projet de l'entité francilienne ; et que la somme des individualités d'une équipe n'atteint pas la valeur d'un collectif bien huilé, bâti sur de jeunes pousses ambitieuses, décidées à mettre leurs qualités au service du groupe. Réjouissons-nous de cette soudaine sagesse... Sans doute provisoire. Ne nous berçons pas d'illusions : chassez le naturel, Nasser revient au galop ! Quel recrutement XXL prépare-t-il ?

L'évolution d'un Dembélé nouveau est significative : ce dribbleur qui sait être irrésistible met enfin ses qualités techniques, sa vitesse, sa frappe de balle à disposition de l'équipe. Il tire. Et en s'appliquant ! Le voilà devenu l'animateur de l'attaque du PSG. Et son buteur. Avec déjà une impressionnante trentaine de réalisations. Or, dans son jeu, il y a encore du déchet. Ousmane Dembélé a donc une marge de progression : il peut se hisser au niveau des tout meilleurs s'il reste focus pour terminer ses actions sans confondre vitesse et précipitation. À lui de confirmer ses bonnes prestations du moment et franchir encore un palier en accompagnant ses performances de régularité et de fiabilité. Avant cette saison, il n'avait pas su capitaliser sur ses talents hors normes par faute de concentration, de conviction et d'intelligence du jeu. Pour Dembélé et pour le PSG, la Coupe d'Europe 2025 représente l'opportunité d'officialiser un changement de statut tant annoncé et différé ; depuis une décennie pour l'attaquant longtemps fâché avec le but, qui avait pourtant séduit Tuchel à Dortmund et Xavi au Barça ; et depuis treize ans pour le club (mal) géré par les Qataris. Le travail collectif et la possession paraissent maintenant le point fort de cette équipe dont les milieux de terrain partagent les tâches défensives, la prise de responsabilités et l'effort de créativité. De quoi entretenir tous les espoirs. Bien qu'Unai Emery, Lucas Digne et Asensio rêvent de se rappeler au bon souvenir du Parc des Princes, Aston Villa est à la portée de ce Paris Saint Germain. Alors, l'année ou jamais pour les Parisiens ? À condition, toutefois, de ne pas renouveler leurs habituelles prestations printanières en dents de scie ! Devant l'enthousiasme généré en France autour du PSG nouveau, à Tiro Libre on reste sceptiques : chat échaudé...

Le Real éternel

Une fois encore, Le Real Madrid a frôlé la correctionnelle : fidèle à lui-même, sans convaincre, il a franchi l'obstacle de son rival local l'Atletico. Sa défense est étonnamment fragile, son milieu incapable de s'imposer et son attaque en recherche d'inspiration, à l'image de ses possibles trois ex futurs Ballons d'Or, dont le plus efficace demeure Mbappé. Seul Courtois se montre à la hauteur de son statut. Le guerrier Rüdiger, ce lion de l'arrière-garde ces dernières saisons, paraît une brebis égarée du troupeau blanc. Perturbé dans sa vie privée, Marco Asensio est moins tranchant qu'en début de saison, mais n'a pas perdu sa combattivité. Il peut se reprendre. Les arrières latéraux actuellement disponibles sont des erreurs de casting que le vaillant Valverde tente de compenser. Tchouameni, Camavinga et Bellingham ne parviennent pas à véritablement incider sur le jeu, malgré le soutien du presque quadragénaire Modric dont la vista s'avère insuffisante quand l'essence vient à lui manquer. Doté d'un indiscutable bagage technique, Cama multiplie les fautes sanctionnées par des cartons jaunes, qui mettent en danger l'équipe. Bellingham imite le travers de Vinicius Jr qui irrite les hommes au sifflet, le public et ses partenaires : la contestation systématique des décisions arbitrales. À défaut d'un Vini déséquilibrant les défenses adverses et créant l'inattendu, le Real Madrid ne domine pas son sujet. Au point que même Ancelotti, gentleman du football, s'agite au bord du terrain, s'emporte et s'en prend lui aussi aux arbitres. Tandis que Brahim Diaz tente de dynamiser le groupe. Il ose. Mais pourquoi Carletto (déplorant la surcharge d'un calendrier qui pourrait imposer 70 matchs aux Merengue cette saison) ne fait-il pas souffler ses titulaires en donnant leur chance à ses jeunes remplaçants talentueux, potentiels supersubs ? Il serait dommage de voir un Endrick, international brésilien à 17 ans et un Arda Güler à son avantage au dernier mondial, partir exercer leurs talents loin de Madrid, à l'instar d'Ødegaard. Ce dernier aura à cœur de démontrer sous le maillot d'Arsenal qu'il aurait pu être le playmaker qui fait aujourd'hui défaut à la Maison Blanche. Quant à Bukayo Saka, il voudra faire un retour à la compétition tonitruant. Cependant, il est logique d'attendre de sa confrontation à l'Arsenal, que le Real ne souffre pas trop des problèmes de la Maison Blanche face aux défenses renforcées. Car les Merengue accepteront la domination des Gunners pour chercher à transpercer une défense londonienne qui, elle non plus, n'est pas une assurance tous risques. On peut penser que les véloces attaquants du Real Madrid trouveront la faille dans l'arrière-garde d'Arsenal. Et si les défenseurs merengue sortent de leur apathie, le Real devrait franchir le prochain obstacle. Il n'est pas exclu alors que leurs cracks retrouvent ensemble leur niveau de jeu, voire que certains blessés puissent reprendre du service. Ce ne serait pas la première fois que la Coupe aux grandes Oreilles exerce sa magie sur l'éternel Real Madrid. Pues a ver...

Revoilà le Barça

Avec tout le respect dû au vice-champion d'Europe et à son formidable kop, a priori on voit mal le Borussia Dortmund présent éliminer un euphorique Barça au jeu collectif séduisant et à l'attaque généreuse. À moins de faire jouer le magnifique Lamine Yamal dans l'équipe allemande...

Kolossal Bayern

Après un début de saison difficile, l'Inter de Milan se rapproche de son meilleur niveau. Celui d'une équipe dotée d'une implacable défense dans la tradition maison. Et qui récite avec justesse sa partition, facilitée par la densité d'un entrejeu animé par l'activité de Barella et les plongées de Dumfries. Une formation redoutable grâce à son attaquant vedette Lautaro Martínez de nouveau inspiré et un Marcus Thuram en pleine réussite. Ces Milanais vont se heurter à la machine du Bayern. Des Allemands déterminés à disputer leur finale en leur antre de Munich. Toute la Bavière veut revivre la liesse de la grande victoire de sa Mannschaft au mondial de 74. Les joueurs du Bayern ne manquent pas de qualités pour ramener la formation dominante Outre-Rhin sur le toit de l'Europe. Attaquant complet et buteur d'une impressionnante efficacité, Harry Kane trouverait là, à 31 ans, de quoi effacer les années « perdues » à Tottenham alors que tous les grands clubs d'Angleterre et plusieurs cadors européens se sont cassés les dents sur le refus des Spurs de libérer leur joueur phare. Le Prince Harry sera épaulé par un groupe de footballeurs talentueux où autour du gardien vétéran Neuer se détachent notamment Olise, joueur de classe de 23 ans, dont on n'a pas fini de parler ; Musiala, milieu offensif explosif de 22 ans ; Kimmich, meneur de jeu pragmatique ; le rapide et technique piston gauche canadien Alphonso Davies. Plus que jamais : achtung !

Cherchez l'erreur

En France, les médias nous répètent à l'envi que, comme le PSG règne en maître sur le foot hexagonal, la Premier League domine le football de la planète : avec les meilleurs clubs, les meilleurs joueurs, entraîneurs, arbitres, publics... Autant d'affirmations démenties par les palmarès de la Champions League, du Ballon d'Or, des Coupes du monde et d'Europe des Nations. Et par la récente élimination de Manchester City et Liverpool, qui ont la main mise (!) sur le foot anglais de ces dernières années. Le paysage européen du ballon rond est sous la dépendance d'autocraties moyen-orientales, de fonds d'investissements américains, d'oligarques russes... Et l'information sportive française restitue fidèlement les messages véhiculés par la ligue anglaise hyper médiatisée, qui continue à promouvoir son succès commercial mondial. À croire que le foot espagnol ou allemand seraient à la traîne ! Pour nos communicants, le matraquage médiatique qui nous est asséné est plus facile à proposer qu'une analyse de la situation prenant en compte l'historique, l'état des forces en présence et le potentiel des protagonistes. Faut dire que la soupe est bonne pour les nombreux journalistes et leurs conseillers dépendant de leurs incontournables employeurs qataris (QSI, Qatar Sports Investments) ; à la fois dignitaires des instances du foot français et international et maîtres de l'empire de beIN Media Group (Al Jazeera). Dans ce contexte, amis de Tiro Libre, place aux 1/4 de finale de la Champions League ! La promesse aux amoureux du ballon rond de bons moments, non sans leur lot de surprises.

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